FÊTE NATIONALE DU 14 SEPTEMBRE : Le sport promu ou utilisé ?
- 7 oct. 2024
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Dernière mise à jour : 27 mars 2025
ENQUÊTE | Emmanuel Macron propose la création d'une fête du sport pour prolonger l'union olympique du pays. Selon ceux que nous avons interviewés, le président n'aborderait pas le sujet sous le bon angle.
Nous sommes le 13 septembre 2024, veille de la grande parade des athlètes des Jeux olympiques et paralympiques à Paris et Emmanuel Macron annonce dans une interview au Parisien vouloir instaurer une fête nationale du sport. Elle se tiendrait le 14 septembre de chaque année et serait un moyen de surfer à jamais sur la vague des J.O. de Paris.
Cette proposition qui, pour Monsieur le Président, permettrait de “nous retrouver autour d’une fête du sport, populaire, qui se déploie dans la rue, les écoles, les complexes sportifs” a suscité maintes réactions. D’une part, retrouvons les approbateurs prêts à rajouter une date sur leur calendrier. À Antibes, des parents de jeunes athlètes se réjouissent. “C’est une bonne idée pour faire découvrir différents sports, différentes cultures”, affirme une mère. De son côté, Astrid Guyart, escrimeuse française et ex-médaillée olympique, a accueilli la proposition avec entrain. Pour la jeune femme, elle serait bénéfique et valoriserait les associations sportives. Comme elles, de nombreux français sont séduits par la suggestion du chef de l’État et certains affirment même avoir commencé à réfléchir sur son éventuelle organisation.

Mais derrière cette image de fête unifiante et joyeuse et de célébration des corps, d’autres y voient une teinte d’hypocrisie. “C’est une vitrine pour faire beau” proteste la joueuse de tennis Sarah Pitkowski, “L’argent qu’on voudrait mettre là-dessus, donnez-le aux associations, donnez-le au sport pour tous” s’indigne-t-elle avant de rabaisser le jour national, le qualifiant de “pseudo-journée”. Idée innovante et fructueuse d’E. Macron ou façade pour cacher la sédentarisation croissante des français ? Pour Mélina Robert-Michon, porte-drapeau à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, l’idée est bonne mais ne doit en aucun cas “servir à cacher la misère”, déclare-t-elle avant d’ajouter que le sport “doit s’entretenir au quotidien”. Ce qui est sûr, l’enjeu de santé publique est réel : 20 % des enfants français sont en surpoids et ils ont perdu 25 % de leurs capacités cardiovasculaires en quarante ans.
La promesse de campagne de M. Macron de faire de la France une “nation sportive” a-t-elle donc été tenue ? Une journée pour prôner, à l’image même de la célébrissime fête de la musique de M. Lang, l’exploit des athlètes français est-elle la priorité face aux 30 minutes de sport quotidien au primaire très mal appliquées ? Nous sommes le 20 septembre 2024, Nils Motyl, professeur d’E.P.S. au C.I.V., nous apporte son avis sur la question. Selon lui, plusieurs problèmes majeurs se posent. “Les enjeux sociétaux auxquels nous faisons face actuellement sont occultés par des événements socio-culturels comme les Jeux Olympiques” déclare-t-il avant d’ajouter qu’aujourd’hui, nous utilisons de plus en plus le sport à des fins économiques et de marketing sur des événements très couverts médiatiquement.
S’ensuit d'une clarification nécessaire sur des termes souvent confondus, en effet “il faut bien différencier activité physique et sport. Beaucoup de gens ne font pas la distinction. L’activité physique à des fins de santé, aujourd’hui plus que jamais, est très importante. En revanche le culte des sportifs de haut niveau et l’adoration qu’on leur porte est disproportionnée et injustifiée” nous explique-t-il. Cette image du sport de haut niveau “prégnante” est pour Monsieur Motyl plutôt retrouvée dans la volonté de “nation sportive” d’E. Macron et, lui, souhaite à la place que l’on “s'écarte de cette même adoration des athlètes et que chacun trouve son compte à bouger tous les jours, pour son bien-être.” Il ajoute là-dessus que “sur le papier, pour promouvoir l’activité physique, inciter les gens à bouger, sociabiliser et être en meilleure santé”, la fête nationale du sport serait une bonne initiative.
C’est alors que la dernière problématique surgit, sûrement la plus importante. “En dehors des cours, de moins en moins de parents peuvent permettre à leurs enfants de faire de l'activité physique et sportive, ce sont eux les plus pénalisés” atteste le professeur d’E.P.S. De nombreux élèves ne sont pas conscients des bienfaits du sport sur leur santé ainsi que de l’importance de la nutrition, “c’est surtout à eux que je pense, dans les écoles défavorisées” explique-t-il avant de terminer sur une note d'espoir d’engagement pour l’avenir : “Nous avons encore beaucoup à faire dans la nutrition et la physiologie au collège et au lycée”, croisons les doigts pour que cela change.
Stratégie politique, promotion saine de l’activité physique, découverte de sports, façade, opportunité d’unification ou encore initiative bien moins primordiale que d’autres à l’heure actuelle… Voyons comment cette idée, à peine naissante et déjà controversée, va évoluer.
- Charline



