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DE LA LUCIDITÉ EN POLITIQUE ? Réaction à l'interview de Villepin

  • 7 oct. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 mars 2025

RÉACTION | L'ancien premier ministre et ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin interrogé ce 11 septembre 2024 par Léa Salamé explicitait sa vision du conflit au Moyen-Orient, d'une manière à faire pâlir nos ministres d'aujourd'hui.

Nous sommes le mercredi 11 septembre, il est 8:20 et c’est le moment que nous attendons tous sur France Inter, “Le grand entretien” avec Léa Salamé et Nicolas Demorand. L’invité ce jour n’est autre que le charismatique Dominique de Villepin.


Alors que la crise politique en France est désormais bien installée, que la situation semble plus tendue qu’elle ne l’a jamais été au Proche-Orient, des éclairages de l’ancien diplomate s’imposent. Après quelques questions sur la situation politique en France le ton est donné, Dominique ne fera pas de fleurs à son ex-collègue Michel Barnier. “Il faut espérer que Michel Barnier secoue un peu le cocotier” lâche-t-il alors que Léa Salamé lui demande son avis. L’ex-Premier Ministre persiste et signe envers son successeur :“[Michel Barnier] doit construire sa légitimité”. Le chiraquien exprime sa surprise pendant quelques minutes sur le choix d’Emmanuel Macron et souligne plusieurs “bizarreries”. Il semble ensuite lancer un message clair au Premier ministre, le tutoyant, l’air un brin agacé : “Concentre-toi sur ta mission‍ ! répond aux questions des français‍ !” avant d’ajouter sur le ton cérémonieux que beaucoup lui connaissent -et dont certains feraient mieux de s’inspirer — “sa légitimité ne peut venir que des français”. Il se reprend tout de même quelques secondes plus tard ajoutant que “les français ne comprennent rien à ce qu’il se passe” — tiens donc, la “clarification” voulue bec et ongle par Emmanuel Macron n’aurait pas eu les effets escomptés ?


Dominique de Villepin au micro de France Inter | Vignette de la vidéo Youtube de France Inter
Dominique de Villepin au micro de France Inter | Vignette de la vidéo Youtube de France Inter

Puis comme si une soudaine envie d’achever la crédibilité auto-proclamée de son ex-collègue l’avait subitement pris il lance “le front républicain a gagné ces élections et Les Républicains n’y ont pas participé, nous sommes donc dans une situation ubuesque”. Oui oui, “ubuesque”, si Villepin ose le terme c’est que l’heure doit être gravissime. Mais qu’apprend-on trois secondes plus tard de la bouche de Nicolas Demorand ? “Dès juillet vous avez appelé Emmanuel Macron à choisir le Nouveau Front Populaire et Lucie Castets pour gouverner” Ô diable, une (ancienne) personnalité politique qui appelle à reconnaître la victoire du camp adverse ? Mais quelle mouche a donc pu piquer notre ancien diplomate‍ ?


Il reprend même Léa Salamé à la volée lorsqu’elle le sollicite à propos du Nouveau Front Populaire (NFP) d’élargir son programme malgré l’absence de majorité absolue et sans discuter avec les autres forces politiques. Puis, après une énième question de la journaliste sur l’été politique, l’ancien ministre s’agace‍ : “La France n’a plus de voix sur le plan international” (propos depuis confirmés par le départ forcé de Thierry Breton de son poste de commissaire européen sur fond de contentieux avec Ursula von der Leyen).


C’est à en oublier la première profession du monsieur que j’écoute religieusement depuis déjà plus de dix minutes‍ : diplomate et ministre des Affaires étrangères. Laissons-le donc s’exprimer‍ ! Et bien non‍ ! “On va y venir,” lui répond la journaliste alors que ce dernier se désole du niveau de la diplomatie française actuelle, “Mais juste avant, la gauche elle a perdue la séquence là ?” Je soupire. Après tout, peut-être devrais-je revoir mon sens des priorités, peut-être les enjeux impliqués dans le conflit russo-ukrainien peuvent-ils attendre, le sort des centaines d'otages israéliens et des centaines de milliers de gazaouis également. Notre Dominique national semble lui aussi perdre patience : “mais vous êtes extraordinaire”, assène-t-il à Madame Salamé, “nous sommes tous en train de perdre”. Sauf Michel Barnier vraisemblablement qui n’a pas manqué l'occasion “d'ajouter une ligne à son CV”. Pour aller où à cet âge là‍ ? Je m’interroge. Dominique de Villepin conclut sur un message mobilisateur et rassembleur comme on aurait pu l’imaginer.


Léa Salamé face à Dominique de Villepin | image tirée de la vidéo Youtube de France Inter
Léa Salamé face à Dominique de Villepin | image tirée de la vidéo Youtube de France Inter

Je me frotte alors les mains tout content de pouvoir profiter des minutes restantes de l’interview pour pouvoir m’abreuver des sages paroles du diplomate concernant la place de la France dans la diplomatie mondiale. Je me prépare alors à la fameuse “question sur Gaza” promise par la journaliste il y a deux minutes quand soudain‍ : “On avance sur le déficit public, qui vous paraît responsable‍ ?” Je souffle. Une fois de plus. Voilà que le diplomate s'apprête à devenir magistrat de la Cour des comptes. Après tout, pourquoi pas, nous avons bien eu une ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques. À cette question, sans doute aussi lassé que moi, l’ex-ministre manque d’inspiration‍ : “C’est [la faute] de tout le pays”.


S’ensuit une question sur la situation politique en Europe‍ ; aux grands maux les grands remèdes, Villepin y va fort‍ : “Nous sommes en hémorragie, il faut prendre des décisions c’est absolument capital”. Une ultime fois notre orateur tente de remettre l’église au milieu du village : “L’Europe n’a pas les moyens d’avancer de manière déterminée et c’est pour ça que l’on entend plus la France sur aucun sujet (l’Ukraine, le Proche-Orient, les grands enjeux entre la Chine et les États-Unis)”.


J’en suis au stade où j’espère de chaque question qu’elle soit moins miteuse que la précédente. Question suivante donc: “Craignez vous un retour de Trump à la Maison Blanche ?“ Alléluia‍ ! mes incantations divines ont porté leurs fruits‍ ! La réponse, aussi prévisible soit-elle, se veut toujours éclairante. Le retraité de la politique dresse un portrait effarant d’une “Amérique dysfonctionnelle”. De but en blanc, une épiphanie dans le cerveau de notre chère Léa, “Le Proche-Orient”, lance-t-elle avant un décompte glacial du nombre de morts. La réponse de Dominique de Villepin est claire et sans équivoque. Une réponse qui, couplée à quelques petites critiques du gouvernement Barnier lui vaudront des applaudissements soutenus quelques jours plus tard à la fête de l’Humanité. Après tout, être polyvalent, c’est peut-être ça la lucidité en politique.


- Icham


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