KAIZEN : À première vue
- 7 oct. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 mars 2025
CRITIQUE | Le documentaire du Youtuber Inoxtag époustoufle par sa réalisation entrainante. Mais il ne manque pas en contradictions pour le jeune influenceur parmi les plus populaires.

“Kaizen” est une ode à la vie. Le dernier documentaire du Youtubeur Inoxtag, de son vrai prénom Inès, est sorti en salle le vendredi 13 septembre et est publié sur sa chaîne YouTube le lendemain. Il est ensuite rediffusé sur TF1 le lundi qui suit.
Ce film documentaire, car il dure environ 2h30, est la clef finale d’un projet gargantuesque, d’un objectif surhumain que s’est lancé Inox : gravir l’Everest. L’Everest, plus grande montagne du monde dont le pic culmine à 8849m à la frontière entre le Népal et la Chine, est clairement synonyme de danger, et même de mort. Il est alors conseillé de faire l’ascension avec des bouteilles d’oxygène.
Le jeune de 22 ans part donc de très loin ; il a besoin de se créer un physique endurant et prêt à supporter plusieurs heures de marche et d’escalade dans le froid, en altitude et en montée ; il doit changer d’alimentation, de mode de vie, s’entraîner sur des montagnes moins extrêmes… et le tout en 365 jours, d’où le nom complet du documentaire “Kaizen : 1 an pour gravir l’Everest”. Commencent alors des entraînements personnalisés intenses, d’escalade en haute montagne, de treks, de musculation… Pour se préparer Inoxtag fait l’ascension de montagnes des Alpes (le Mont Blanc et le Mont Cervin) et d’une autre de l’Himalaya (l’Ama Dablam) avant de gravir le grand sommet. Son projet relève d’une grande détermination, et de professionnalisme.
Le documentaire est très qualitatif avec des plans filmés par drone, même en très haute altitude, la musique est envoutante et suit parfaitement la chronologie. Entre larmes, rires, fatigue, maladie, colère et peur, Inoxtag nous emmène dans une aventure personnelle qui devient partagée. Ce projet n’est pas seulement un de ses nouveaux objectifs pour créer du contenu, c’est aussi une expérience qui fait réfléchir. Qui sommes-nous dans ce monde ? En quoi notre existence est-elle une chance ? Et si on est insignifiant au reste du monde, on reste tout de même le noyau de notre propre vie, alors il faut la vivre pleinement. Avec cette nouvelle génération addicte aux écrans, qui devient plus sédentaire que nous ne l’avons jamais été, le Youtubeur incite les jeunes de nos jours à avoir des objectifs, à découvrir la nature et à lâcher les écrans pour profiter de la vie, de notre unique vie, car une balade, une journée à la mer ou au parc vaut mille journées à scroller devant les écrans. Alors qu’Inoxtag a clairement fait de cette technologie son moyen de revenu, cette aventure lui a donc fait réaliser que les écrans ne font pas tout, la vraie vie est encore mieux.
Si on creuse…
Ce documentaire incite au surtourisme. En effet, l’Everest qui souffre déjà de sa popularité, est qualifié par Hugo Clément, journaliste et militant écologiste, de “Dubaï de l’alpinisme”. Inoxtag ne cache pas les effets désastreux de ce tourisme, et filme à plusieurs milliers de mètres d’altitude des tentes, des détritus, et même des morts laissés à l’abandon. Cela a un énorme impact sur les écosystèmes de la montagne. De plus, ce que ne mentionne pas le Youtubeur, mais qui est affirmé par beaucoup d’alpinistes professionnels, c’est que les excréments sont laissés là, et enterrés par la neige.
Cependant, avec le réchauffement climatique, il y a beaucoup de remontées et les odeurs envahissent les villages locaux des alentours. Cela s’ajoute donc au réel danger que présente l’Everest. Lors de son ascension, Inoxtag et son équipe ont rencontré plusieurs corps morts, pour certains laissés là à la vue de tous depuis des années, mais ils constatent aussi que beaucoup de grimpeurs ne sont pas préparés physiquement et matériellement. Certains agonisent par manque d’oxygène, et doivent être redescendus en hélicoptère. D’autres ralentissent la montée, ce qui crée des queues interminables et augmente les risques. Les gens sont serrés sur de petits espaces, et il suffit qu’un sérac tombe pour que plusieurs personnes dégringolent 3000m de pente et meurent sur le coup.
Mais alors, pourquoi cela incite au surtourisme si le documentaire montre les horreurs de ce tourisme de masse ? Dans notre société actuelle, beaucoup n’ont pas leurs propres rêves et objectifs, et préfèrent s’inspirer de ceux des autres. Inoxtag cumulant plus de 8 millions d’abonnés sur YouTube, et le documentaire ayant été vu plus de 30 millions de fois, cela relève d’une grande influence.
Pour donner un exemple, quelques jours après la sortie du docu, Maeva Ghennam, personnalité de télé-réalité très controversée, a publié en story Instagram rechercher un guide pour monter le Mont Blanc, affirmant qu’elle “adore la nature”, alors que, rappelons-le, elle habite à Dubaï… Cela montre bien, même si cet exemple est très évident, que cela a causé pour beaucoup une envie de faire l’ascension de montagnes extrêmes qui sont déjà victimes de surtourisme. Il faut alors que les États mettent des limitations de personnes plus strictes et qu’ils augmentent la taxe pour pouvoir dépolluer ces espaces censés être parmi les moins urbanisés de notre planète.
- Jade



