SUR LES TRACES DE NETANYAHOU : Maintenant potentiel criminel de guerre
- 13 janv. 2025
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ENQUÊTE | Personnage controversé de notre époque, homme au cœur de la politique intérieure israélienne depuis plus d'un quart de siècle, le parcours de Benyamin Netanyahou renseigne sur sa position plus que délicate aujourd'hui.
Vous avez sans doute déjà entendu ce nom quelque part : Benyamin Netanyahou. C’est le Premier Ministre israélien, qui a beaucoup fait parler de lui depuis l’attaque du Hamas sur Israël le 7 octobre 2023. Depuis le 21 Novembre 2024 il est sous mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale comme présumé criminel de guerre. Il est aussi suspecté de crimes contre l’humanité, Il est aussi suspecté de crimes contre l’humanité, plaçant son nom parmi ceux des leaders mondiaux les plus controversés de notre époque. Mais comment en est-il arrivé là ?

Benyamin Netanyahou nait à Tel Aviv (La capitale d'Israël) en 1949, dans une Israël tout juste indépendante. Son père est un membre important de la droite israélienne qui s’oppose à l’idée d’une coexistence pacifique entre Arabes et Juifs en Palestine. En 1963, Il s’installe aux États-Unis et intègre le prestigieux MIT en 1972 où il obtient un diplôme de gestion après avoir fait son service militaire pendant la guerre du Yom Kippour en 1973. Après un court passage à Harvard, il retourne dans une Israël isolée au milieu d’ennemis.

Les tensions en Israël-Palestine (Levant) entre Juifs et Arabes remontent à 1917, lorsque le Royaume-Uni soutient la création d’un foyer national Juif dans la région, qui était alors une colonie britannique. Les Juifs colonisent le Levant, menant à des tensions avec les Arabes locaux. Le départ britannique de la région en 1948 déclenche une guerre entre l'État Hébreu et de nombreux pays voisins qui est remportée par Israël. Les guerres s'enchainent avec la guerre des Six-jours et celle du Yom Kippour en 1973. En 1993, un gouvernement israélien de gauche signe un traité de paix durable avec la Palestine et ses alliés avec les accords d’Oslo. Malheureusement, ce traité est rejeté par la droite et les violences reprennent dès son retour au gouvernement. Après deux « intifadas » (rébellions) meurtrières, Israël se retire de Gaza en 2005.

Mais ralentissons un peu et revenons en 1978, au retour de Netanyahou qui dès son arrivée se lance en politique. Il grimpe rapidement les échelons, et en 1982, obtient une position importante à l’ambassade Israélienne aux États-Unis, avant de devenir l'ambassadeur d'Israël aux Nations Unies. En 1993, il devient président du parti de droite athée, le Likoud, et est nommé Premier ministre en 1996, un poste qu'il garde jusqu’en 1999, lors de sa destitution par l’assemblée. Il retrouve son poste en 2009 et garde sa place pendant dix ans, servant trois mandats consécutifs et s’alliant avec des partis allant du centre à d’autres plus fondamentalistes. Mais le vent tourne et il perd les élections législatives de 2019 et de 2021 après des scandales de corruption qui entachent sa réputation. Cette double défaite électorale marque un tournant dans sa ligne politique. Afin de retrouver sa position dans la politique israélienne, il se rapproche des partis extrémistes et fondamentalistes dans un pays qui se radicalise progressivement. Regagnant ainsi une majorité au Knesset, il retrouve sa place de premier ministre, à la tête de la coalition la plus fondamentaliste de l’histoire d’Israël.

La nouvelle politique colonisatrice anti-palestinienne de Netanyahou attise les tensions avec le Hamas, une organisation antagoniste d’Israël, extrémiste et terroriste, qui contrôle la bande de Gaza palestinienne. Cette tension culmine le 7 octobre 2023, quand les soldats du Hamas s'engouffrent dans le territoire israélien, massacrent des civils à l'aveugle dans les villages, et repartent avec des otages. Un des événements les plus tragiques et marquants est l’attaque du festival de musique de Re’im, surnommée l’« abattoir » par les médias. 3000 civils se retrouvent encerclés par les combattants du Hamas et doivent s’échapper à travers des champs à découvert, sous les tirs. 260 civils sont abattus, de nombreux autres sont blessés ou pris en otages.
Netanyahou se retrouve alors pris en tenaille entre ses alliés intérieurs extrémistes, qui réclament une réplique sans précédent pour éradiquer le Hamas, et ses alliés internationaux qui le poussent à la clémence. Les premiers jours de la guerre voient sa popularité chuter, lui qui avait fait campagne sur le thème de la sécurité. Netanyahou finit par ordonner une controffensive sans précédent. Dans une marche destructrice, l’armée israélienne détruit méthodiquement le Hamas. Sur le court terme, cette riposte donne des résultats : les chefs du Hamas sont presque tous éliminés et les attaques massives de roquettes cessent. Cependant, cette stratégie à un défaut. Elle vise à détruire le Hamas en tant qu’organisation, sans s’attaquer au problème de fond, la haine de certains gazaouis envers Israël, qui pose les fondations du Hamas, qui est sur le fond plus un état d’esprit qu’une organisation.


Le 9 novembre 2023, deux jours après l'assaut du Hamas, le ministre de la défense israélien, Yoav Galant, a déclaré : « On impose un siège total. Il n’y aura aucune électricité, pas de nourriture, pas d’eau et pas de carburant. Tout sera fermé. On se bat contre des animaux humains et on agit de la sorte. » De telles actions sont contraires à de nombreux accords internationaux, dont la Convention de Genève et la Charte des Droits de l’Homme. Cela finit par le rattraper : le 20 mai 2024, le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) demande un mandat d'arrêt contre Netanyahou et son ministre de la Défense, ainsi que contre trois leaders du Hamas. Le procureur lance de nombreuses enquêtes pour crimes de guerre et une autre pour crimes contre l’humanité. Depuis, l’avenir à l'international de Netanyahou s’assombrit avec des suspicions grandissantes que les renseignements israéliens, depuis plus de 10 ans, espionnent et menacent des membres de la CPI. Le 21 Novembre, la CPI dépose un mandat d'arrêt contre Netanyahou et Galant, allant très largement dans la direction de la requète du procureur le 20 Mai.
On peut tirer deux leçons de l’histoire de Netanyahou. C’est l’histoire d’un homme qui refuse de se séparer du pouvoir, et qui renonce à ses idéaux afin de le conserver. C’est l’histoire d’un homme qui tient tête à la communauté internationale, et tue des dizaines de milliers de civils pour satisfaire ses alliés internes. Enfin, c’est l’histoire d’un pays poussé vers les extrêmes, dans lequel on peut observer les dangers de la radicalisation, qu’elle soit religieuse ou nationaliste. Enfin il est important d’ajouter un contrepoint à cette situation. La popularité de Netanyahou depuis le début de la guerre a augmenté en Israël, dû au (du moins temporel) affaiblissement du Hamas et de l'arrêt de tirs de roquettes massifs. Il est important également de se souvenir de l’attaque du 7 Octobre ayant tué plus de 1000 civils israéliens de manière totalement arbitraire. Le conflit Israélo-Palestinien ne contient pas d’un camp gentil et d’un camp méchant, mais de deux camps essayant de faire le mieux possible dans leur point de vue.

—Louis (Rédaction & Images)



