L'Aiglon : 10 années au CIV
- 13 janv. 2025
- 8 min de lecture
RÉTROSPECTIVE | Ce dossier rétrospectif qui retrace la vie du journal depuis sa création en 2014 jusqu’en novembre 2024 est le fruit d’un travail acharné. Il nous a fallu parcourir de nombreuses archives, faire défiler des pages entières de profils Linkedin, envoyer des mails, des messages, interviewer d’anciens élèves et créer sans cesse de nouveaux liens entre les informations éparses recueillies sur un simple doc pour aboutir enfin à un arbre généalogique des directeurs de publication du journal.
Au début des années 2010, le CIV pourtant fort d’initiatives de la MDL et du CVL était dépourvu de celle d’un journal. Alors, un été en 2013, une petite troupe de Premières et de Secondes, tous emmedéliens, se sont retrouvés « à la plage », « à la terrasse d’un café », chez l’un, chez l’autre, et ont brainstormé longuement. À la barre, Philippe Pernot, 17 ans, section allemande, nous raconte en visio comment ils ont envisagé un journal à leur échelle: quelques feuilles pour lycéen imprimées sur du papier glacé chez un spécialiste.
L’argument tient la route, l’équipe se consolide et part présenter la maquette finie au proviseur M. Bruland, qui accepte ; et dès le printemps de l’année suivante, le numéro 1 parait. Créé au sein de la MDL mais tout de même distinct, le journal s’en est fait son héraut, annonçant à tout-va et dans un enthousiasme particulier les nombreux événements qui avaient lieu au CIV mais qui, pour les plus petits, n’étaient connus de personne. « Il était dommage que les lycéens n’[aient] pas eu de voix là-dessus », nous explique le fondateur.

Ainsi retrouve-t-on sur leur page Facebook, concerts de la MDL, interviews du carnaval, remise des diplômes, bals de promo, date de la rentrée et des rencontres parents-profs ainsi que toute la com’ de la Maison des lycéens. Les informations passaient clairement. C’était là aussi un objectif du journal : faciliter le dialogue entre les acteurs du CIV. Mais une question s’accroche aux lèvres de chacun de nos reporters : pourquoi “L’Aiglon” ?
L’Aiglon représente non pas un amour pour le club de Nice ou pour Napoléon II mais un petit rapace à la vue perçante. « C’est un symbole pour la presse », explique L’Aiglon n°1 (printemps 2014), car elle doit aussi avoir une analyse perçante cependant que le journal ne prétend pas à la grandeur d’un aigle. Une petite presse lycéenne était l’ambition de cette équipe diverse de «sections espagnole, américaine, et même italienne si je me souviens bien » nous confie Philippe Pernot. Le journal était le nouveau média et allait exploser.
D’ailleurs, peut-être la réflexion traversera-t-elle l’esprit du lecteur : pourquoi n’y en avait-il pas un avant ? Ou, disons mieux : y en avait-il un ? La question se pose, mais ayant fait de l’archéologie internétique, la rédaction de L’Aiglon ne peut rien affirmer, en tout cas, après l’avènement d’Internet.
L’âge d’or de L’Aiglon
Les circonstances particulières de l'année 2015 font que le journal gagne en visibilité. Ainsi, cette année restera malheureusement célèbre pour les terribles attaques perpétrées par l’État islamique en France, notamment contre la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier, et le Bataclan, le 15 novembre. L’Aiglon a prêté beaucoup d’attention aux commémorations qui les ont suivis, car l’attentat contre la liberté de la presse avait saisi la Rédaction.
Arborant « Je suis Charlie » pendant l’année, le journal avait documenté et recensé les témoignages des sentiments des lycéens à cette période difficile. D’autant plus que son engagement pour les valeurs du lycée, « enrichissons-nous de nos différences », s’est poursuivi lors d’une manifestation « pacifique » (post Facebook du 21/05/15) à la suite de propos homophobes que des employés du CIV avaient tenus à l’égard d’un élève.
![“[SORTIE L'AIGLON 5]” (Post du 29/05/14)](https://static.wixstatic.com/media/a1ebed_38d16aea36f24f2da3f0c60eb0f9ed2b~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1386,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/a1ebed_38d16aea36f24f2da3f0c60eb0f9ed2b~mv2.jpg)
Mais la capacité du journal à pouvoir mobiliser les lycéens en de telles occasions n’a tiré ses origines que lors du scandale des « Cent jours avant le bac ». Rappelons d’abord ce qu’est cette tradition francophone qui ne semble plus être à l’ordre du jour. Le « Percent » est l’occasion 100 jours pile avant la dernière épreuve du baccalauréat de se déguiser le soir même et d’aller dans la rue pour demander aux passants surpris de l’argent ou leur jeter de la farine, puis d’aller en boite de nuit ou à un bal. Comme une sorte de carnaval avant le carême, les lycéens célèbrent les derniers jours de liberté avant la période de révisions.
C’est de façon ironique un vendredi 13 que cela a eu lieu en 2015. Des élèves étaient sur la place Bermond « partis balancer de la farine et des œufs un peu partout. Et du coup, les habitants s’étaient plaints. La police a même débarqué » nous explique Philippe Pernot. Ils ont ensuite été convoqués et la direction annula en mesure de rétorsion le bal de fin d’année. L’ancien directeur de publication avait adressé une lettre ouverte les défendant, qui rencontra un franc succès parmi les élèves.
Le président de la MDL, Yann Chérel Mariné, devenu ensuite directeur de publication à L’Aiglon, avait quant à lui écrit une contre-lettre plaidant en faveur de la décision de la direction. Le débat avait été lancé pour un bout de temps. Le lecteur comprendra pourquoi nombreux sont les lycées ayant voulu circoncire cette tradition particulière.
En dépit de ces débordements, L’Aiglon entretenait de plutôt bonnes relations avec les professeurs et la direction. « Les professeurs, un peu comme des sponsors, s’appuyaient sur nos articles pour faire leur cours », explique Yann Chérel Mariné. Si par exemple leur analyse de tel ou tel évènement était dans le thème, ils le présentaient aux élèves.
Début 2016, il passa le flambeau à Éloïse Quérou, les transmissions se faisant en milieu d’année. Le journal au courant des dernières nouvelles, comme les listes de classe, les élèves le sollicitaient instamment.
Les médias contre les réseaux ?― Les années difficiles et la pandémie
À partir de 2017, l’heure n’était plus tellement au journalisme lycéen, car la rédaction des années 2014-2016 s’est réduite « à un noyau de cinq personnes l’année suivante » affirme Éloïse Quérou. Devenue ensuite président de l’association de soutien et de défense de la presse lycéenne Jets d’encre, elle nous livre une analyse qui se confirme avec notre interview de Daphne Suarez (directrice de publication 2017-2018), et dit « croi[re] que les journaux lycéens ont connu une perte de popularité dans les années 2017-2018-2019 et jusqu’au COVID ».
Avec la démocratisation des réseaux sociaux comme Instagram, qui explose en 2017, la page Facebook et le blog Tumblr de L’Aiglon tombent rapidement en désuétude. Les premiers posts Insta de L’Aiglon dateront bien de 2018, mais la rédaction se concentre sur des numéros papier imprimés qui lui prennent beaucoup de temps. Et de trimestrielles, les parutions du journal tombent à une début 2018 puis deux l’année suivante.
Nicolas Ghandour, directeur du blog « Daily débat » qui coexistait avec L’Aiglon en 2019 explique qu’en raison de l’inactivité du journal, lui et ses amis l’ont repris dans une optique de le redynamiser. Mais la pandémie passa par là et des deux numéros qu’ils avaient prévus seul un ne parut jamais. À partir de septembre 2020, plus aucune trace accessible de L’Aiglon. Le site officiel sur Webmedias de l’académie de Nice est inaccessible et de toute manière pauvre en ressources, selon les archives qui en sont conservées sur Internet Archive.
C’est sur « Colivensemble ! », site du club multimédia du CIV, que réapparait le journal. Un unique numéro papier sort au printemps 2022. La même année, ledit club se transforme sous l’impulsion de Mme Le Dûs en L’Aiglon Collège aux côtés de «L’Aiglon» du lycée. Certains anciens rédacteurs en Terminale actuellement témoignent : « ça prenait 6 mois pour publier » nous dit-on, et aucun numéro papier ne sort. Les archives du CDI très lacunaires à ce sujet n’ont pas aidé.

En réalité, ce déclin coïncide avec une perte de vitesse plus de vitesse plus générale observée par les grands journaux. Internet prend de plus en plus de place dans la vie quotidienne. Le Monde titrait cette année que « La diffusion de la presse a reculé de 4,6 % en France en 2023 » (16/02 2024). La plupart des médias ont ouvert un support en ligne depuis une belle lurette et certains mêmes ont arrêté la diffusion papier. C’est à l’opposé total de L’Aiglon qui s’entête tant bien que mal à sortir des numéros papier : un en 2022-2023, et deux maigres gazettes en 2023-2024. La montée en puissance des réseaux, les années de pandémie de Covid et la paperasse administrative avaient-ils finalement eu raison de L’Aiglon ?
Le journal d’aujourd'hui, et de demain?
Dire qu’aujourd’hui nous tâchons de ressusciter L’Aiglon laisse à penser que le journal ne s’est jamais véritablement remis du déclin qu’il a connu à partir de la pandémie et du confinement. Or, cela est évidemment faux : le journal a toujours survécu. Pourtant le mot semble plutôt juste, sans pour autant qu’il sous-entende une dévalorisation du travail engagé de nos camarades qui nous ont précédé, mais il est vrai que les exemplaires papiers peinaient à se faire publier, que le blog et le site internet sont tombés dans l’oubli et que la structure du journal n’a cessé de s’affaisser post-covid. Donc pour ne pas dire “ressusciter”, employons l’euphémisme “revitaliser”.
Il est vrai qu’en dix ans, L’Aiglon a souvent changé d’apparence, parfois faute de moyens matériels et de temps à y consacrer en passant d’un journal hebdomadaire sorti d’une imprimerie à deux, voire trois exemplaires d’une gazette imprimée au CIV. Mais ces transformations font partie du processus d’expérimentation et d'innovation qui accompagne le développement d’un média comme la presse écrite, même à l’échelle lycéenne ! À défaut de pouvoir publier la version papier du journal pendant la période du COVID-19, l’équipe de L’Aiglon a su brillamment s’adapter et se moderniser avec la création d’un blog.
Dix ans plus tard, notre but est également de moderniser le journal pour lui assurer une visibilité exponentielle auprès des élèves du CIV. Au-delà de ce premier objectif, nous souhaitons surtout assurer la pérennité du journal, en facilitant notamment son organisation et en instaurant une base solide pour que les prochaines générations de journalistes lycéens à qui nous passerons le flambeau prochainement puissent reprendre le journal sans contraintes.
Comment la “team de L’Aiglon” s’organise-t-elle aujourd’hui ? Pour l’instant, elle est composée d’une dizaine d’élèves motivés, dont un seul est en première et les autres en terminale. La structure du journal ne s’inscrit pas dans un principe de verticalité des prises de décision. Il n’y a presque pas de rôles définis, à part deux directeurs de publication car c’est un prérequis juridique pour un journal lycéen. Cependant, au sein du journal, leur statut ne leur confère pas plus de droits ou de privilèges que leurs camarades. L’unique différence est la responsabilité légale vis-à-vis de tout article publié dans L’Aiglon. Ensuite, chaque membre de l’équipe est libre d’écrire sur les sujets qui l’intéresse, libre d’écrire à plusieurs et libre d’écrire autant d'articles qu’il ou elle le souhaite. Pour ce qui est de la maquette, une ou plusieurs personnes se chargent de la mise en forme des articles en respectant le modèle du journal.
Cette année, nous avons aussi décidé de créer un support additionnel au journal papier : un site internet. Il est vrai que les jeunes se sont de plus en plus désintéressés de la presse écrite, préférant généralement le formats des courtes vidéos ou des postes sur les réseaux sociaux aux journaux comme “Le Monde” pour n'en citer qu’un parmi des centaines (alors même que les lycéens et collégiens y ont accès gratuitement depuis Atrium). Le site internet permet une plus grande accessibilité car qui n’est pas sur son téléphone ou devant un ordinateur? Ce support complémentaire à la version papier permet aussi la soumission d’articles plus longs donc plus pointilleux, mais aussi comportant des images en couleurs.
La rédaction a récemment entrepris la numérisation des archives disponibles des anciens exemplaires de L’Aiglon afin de les rendre consultables sur le site. Cela permettrait une véritable continuité du média depuis sa création en 2014, jusqu’à nos jours.
Enfin, la dernière nouveauté de L’Aiglon est son compte Instagram, indispensable pour faire la promotion de chaque nouveau numéro qui paraît auprès des élèves. Avant la publication du journal, le compte Instagram de L’Aiglon publie un aperçu des articles à venir sous la forme de posts. La prochaine étape dans le processus de modernisation de L’Aiglon est la publication de contenu dans les coulisses du journal, des réunions de brainstorming à l’impression de la version papier, en passant par la réalisation de la maquette.
—Chloé Balard, Noé Armanno



