DESTINATION CULTURE : Quand la photo fait l’info - Cuba
- 7 nov. 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 mars 2025
CHRONIQUE | Quelques images prises par la rédactrice durant son voyage nous révèlent la situation économique, politique et sociale de la république de Cuba.
Je ne sais pas vous, mais moi il me tarde déjà de repartir en vacances. L’été sous les tropiques me manque terriblement vous voyez… Sept semaines se sont écoulées depuis que nous sommes rentrés, quarante-neuf jours et mille cent soixante-seize heures, je vous passe le calcul en secondes, vous avez compris là où je veux en venir !
Alors, pour que le temps jusqu’aux prochaines vacances vous paraisse moins long, je vous propose de voyager à travers ma rubrique tout en faisant le plein de connaissances géopolitiques, économiques, sociales et même photographiques ! Le concept est simple : un pays, quelques images, et on décrypte !
Si je vous dis « Cuba ? » vous me répondez…« Mojitos et salsa ! »... Oui bonne réponse ! Mais ce n’est pas tout, loin de là.
Paradis perdu au milieu des mogotes, tranquillité absolue entre plantations de canne à sucre et de tabac
Un “campesino” et ses boeufs de trait à Viñales
Cuba est la plus grande île des Antilles, un vaste archipel réparti entre la mer des Caraïbes, le golfe du Mexique et l'océan Atlantique. Ce petit pays à la forme allongée, représente un cinquième de la superficie de la France, incluant ses keys et îlots dénommés « cayos » en espagnol.
Ces deux premières images, prises dans la Vallée de Viñales, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont très représentatives des terres au centre de l’île. On y voit au premier plan un palmier, qui évoque le climat tropical du pays et en arrière-plan, se dessinent les mogotes, montagnes semblables à des pains de sucres qui témoignent de la végétation luxuriante de l’île. Le sujet de la photo est une petite cahute faite de planches en bois et de palmes séchées qui veille sur une plantation de tabac.
L’économie de Cuba provient essentiellement de l'agriculture dans le secteur primaire et de la fabrication de rhum et de cigares sur le plan industriel. L’île est le 6e producteur mondial de sucre, dont les plantations occupent le tiers de la surface cultivée du pays, viennent ensuite le riz, la patate douce et le tabac. Comme on le voit sur la deuxième image, les paysans sont tenus par les accords avec l’UNESCO de labourer la terre sans machines automatisées pour conserver toute l’authenticité de cette ville agricole.

Sur le bord de la route en direction de la Havane, on se désaltère avec un jus de canne pressé sous nos yeux
Rue havanaise animée
“Le vieil homme et la mer”, Hemingway l’a peut-être écrit ici même
“La Bodeguita del medio” a conservé toute son authenticité depuis sa fondation au milieu du siècle dernier. Située en plein cœur de la vieille Havane, la devanture de ce bar/restau est emblématique : nom de l'enseigne écrit en gros sur un panneau jaune vif et drapeau cubain affiché fièrement. La carte n’est pas affichée : ici on vient pour le Mojito, dont la création de ce cocktail typique cubain est revendiquée par La Bodeguita. Les verres déjà remplis de menthe, de citron vert et du fameux sucre de canne attendent patiemment qu’un client passe commande pour que le barman y ajoute une dose de rhum et de l’eau pétillante. On échange cocktail contre pesos avant de prendre son verre et de rejoindre ses amis dans la rue où se mélangent touristes et locaux. “La Bodeguita del Medio” est un lieu de vie incontournable à la Havane, fréquenté presque journellement par l'auteur américain Ernest Hemingway, qui entre deux gorgées de rhum, écrivait ces nouvelles.
La Havane, fidèle à elle-même de 1960 à 2024
On ne photographie pas les rues délabrées
Une superbe Chevrolet Impala des années soixantes et les façades colorées des maisons coloniales de la capitale sont les symboles de cette île des Caraïbes. Cependant, le mot est juste, ce n'est qu'une façade, derrière ce semblant d’un style de vie rétro, se cache surtout une crise économique et sociale qui ne s'améliore pas.
Comme dit précédemment, l’économie de Cuba repose essentiellement sur l’exportation de sucre, de rhum et de tabac (transformé ou non) mais aussi sur le tourisme. De ce fait, l’État mise beaucoup sur l’apparence “instagrammable” des rues de la Havane et des nombreuses vieilles voitures qui proposent aux touristes de faire un tour le long du « Malecón », cette mythique promenade betonnée en bord de mer. Cela peut paraître idyllique mais il ne faut pas oublier que ces voitures sont des biens nationaux et témoignent de l’embargo imposé par les États-Unis depuis 1960 sur Cuba. Ces vieilles voitures ne sont pas seulement des attractions pour les touristes mais aussi des vestiges d’un passé qui perdure encore aujourd’hui, faute de relations commerciales et internationales. Si vous sortez de la vieille havane, quartier colonial préservé et zone prisée des touristes, vous vous apercevrez vite que les rues où réside la majorité de la population cubaine sont en ruines et insalubres.
« Estilo de vida cubano »
Rituel de la Santería en plein air
Cuba est une ville pleine de vie, partout dans les rues de la capitale ou dans les villages agricoles, le cœur de l’île bat au rythme de la salsa, genre musical qui y trouve son origine. Les gens sont chaleureux, la musique est entraînante et les rues sont animées bien que la vie paraisse simple, le quotidien de la plupart des cubains reste difficile. À toute heure de la journée il est coutume de se réunir autour d’un café ou d’un peu de rhum sans oublier son cigare, comme on peut le voir sur la première image. Il y a toujours en fond un petit groupe de musiciens qui accompagne ces moments-là.
Le deuxième cliché a été pris dans un quartier peu touristique de la Havane, on y voit un groupe de jeunes afro-cubains qui forment un cercle, au milieu duquel danse une de leurs amies. Si autrefois cela correspondait à un rite religieux, aujourd’hui c’est un moyen de se retrouver entre amis pour décompresser après une longue journée : on écoute de la musique, on danse pendant que d’autres mangent ou fument et discutent. Il est vrai qu'à Cuba, différentes religions se côtoient, le catholicisme importé par les conquistadors et les cultes africains par les esclaves noirs. Ces derniers dissimulaient leurs divinités derrières les saints chrétiens pour continuer à les honorer et les deux religions ont fini par se mélanger, on parle alors de “La santería”.
Graffiti sur un immeuble, leitmotiv de la jeunesse
Les vestiges de l'influence états-unienne
On ne peut pas parler de Cuba sans évoquer la situation géopolitique du pays. Très longtemps sous l’emprise espagnole depuis sa colonisation par Christophe Colomb en 1492, le pays a connu de nombreuses rébellions de forces indépendantistes. Celle qui a le plus marqué l’histoire, est menée dans les années cinquante par Fidel Castro et Che Guevara. En mai 1959, Cuba est libérée de ses dictateurs mais réside toujours sous l’emprise du géant américain. Au fil des réformes qui ont lieu dans le pays, on assiste à une hostilité croissante entre les deux États voisins et en 1960, les États-Unis décident d’un boycott commercial. Cuba resserre alors ses liens économiques et politiques avec le monde communiste. Dès lors que Washington découvre la présence de rampes de lancement de missiles soviétiques dans l'île, John Kennedy ordonne l’embargo. Aujourd’hui, la population souffre terriblement de cette situation qui fait de Cuba un pays isolé, en marge de la mondialisation.
Les cubains sont fiers de leur terre natale et idolâtrent encore les révolutionnaires qui les ont à la fois libérés de la répression espagnole, mais dont les choix politiques pèsent encore lourd sur les générations d’aujourd’hui et de demain. Beaucoup de jeunes émigrent illégalement aux Etats Unis ou dans les pays voisins d’Amérique latine en quête d’une vie meilleure.
Il est difficile de savoir si les relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis s'amélioreront dans un futur proche mais en attendant, les cubains et cubaines ne cessent de danser et de rire et conservent toute leur bienveillance à l’égard du monde.
- Chloé (Rédaction et images)























