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CLUB ROBOTIQUE : En immersion

  • 13 janv. 2025
  • 5 min de lecture

REPORTAGE | Le club de robotique du CIV constitue un monde à part entière : le rédacteur propose de vous le faire découvrir à l'occasion d'une courte visite.

Parmi les plus nerds il y a souvent des exceptions. Tenez, je connaissais un ami pour son amour du sport et son appréciation de la littérature. Il y avait donc toutes les raisons d’être surpris de le retrouver en compagnie de ses antithèses totales, à mettre la main dans le robot.


Le club de robotique est un lieu bien plus hétérogène que ce qu’on croit, comme vous le découvrez ; j’ai donc été tenté d’y jeter un coup d'œil. Mon vendredi après-midi était libre, à l’inverse de celui du mercredi ― deux créneaux où est ouvert le club ―, et à ces heures, entre quinze et dix-sept, il y a toute une vie qui fourmille. Dans la grande salle en haut du bâtiment Prépa, où sur Sophia Antipolis d’amples baies vitrées donnent vue, sur les ilots de table, se construisent de saisissants robots.


Précisément : trois petits et un large. Quatre équipes se partagent l’espace de l’ancienne cafétéria pour un seul objectif : remporter les compétitions du milieu de l’année scolaire. Les délais sont donc courts. « Il faut donc être organisé » me dit Federico en Terminale, chef d’équipe des Geekos. Présent au club depuis trois ans, il coordonne désormais la plus grosse équipe au travail sur un robot massif d’un mètre carré de surface. « On participe chaque année à la FRC, explique-t-il, c’est un niveau au-dessus pour une compétition internationale. » En effet, pratiquement tous leurs membres sont en Terminale et ont déjà quelques années d’expérience.

Le club de robotique dans l’ancienne cafétéria. Noé
Le club de robotique dans l’ancienne cafétéria. Noé

De l’expérience, certes, mais en quoi ? J’entends dans toutes les bouches et vois accroché partout les initiales FRC, FTC, FIRST sans réellement n’avoir jamais entendu parler de ce hobby. ― C’est normal, « la compétition vient des États-Unis et n’est pas trop populaire en France », explique-t-il. À la base, donc, tout part de FIRST Robotics, une association For Inspiration and Recognition of Science and Technology créée en 1989. FTC et FRC sont le nom des compétitions, la différence résidant dans la taille, la difficulté et les délais de construction, ainsi que dans le lieu de compétition : la première est à New-York et la deuxième à Lyon.


Imaginez un tatami avec une structure métallique de tuyaux, au centre. Le robot peut par exemple s’y suspendre pour que l’équipe remporte des points. Mais la compétition n’est pas la première de leur valeur, ils parlent à FIRST plutôt de Coopertition, mot-valise entre “Coopération” et “Competition” déposé par l’association. Subtil jeu de mot à l’anglaise, il démontre le slogan présent partout “More than robots”, autrement dit : apprendre la coopération pour intégrer des compétences sociales durables. C’est un peu la fierté de FIRST, et la satisfaction des membres de la Robotique :« C’est le meilleur des clubs, me dit-on lorsque j’approche d’un groupe affairé sur leur code. Il y a tous ces gens merveilleux. »


Elias en train de programmer. Noé Armanno
Elias en train de programmer. Noé Armanno

Le sentiment sur ce constat semble unanime parmi tous les motivés qui se retrouvent là chaque vendredi et apprennent à se connaitre. « Faire partie du club de robotique, c’est un peu comme faire partie d’une secte. Quand tu croises quelqu’un dans les couloirs, tu hoches la tête. », s’amuse Elias, chef d’équipe des Frites ou French fries. Leur robot est plus petit mais leur nom toujours aussi ingénieux ; c'est un trait récurrent dans le club : les délires façonnent les relations.


Elias n’admet pas jouer de rôle particulier dans l’équipe. Entre mécanique et programmation, quand on sait les deux, on devient un peu le couteau-suisse de l’équipe. Si l’on n’en connait aucun, alors on apprend, ou se fait enseigner. Plusieurs fois ai-je entendu à la volée des propositions de se rejoindre tel ou tel jour pour s’apprendre le Java. Il n’empêche que « le savoir-faire manuel [parait] égal à la spécialité science de l’ingénieur » ― c’est d’autant plus visible que la programmation est si nécessaire il faut toujours un développeur dans l’équipe, et à défaut d’un, le code de l’année dernière reste, me dit-on avec le sourire, très efficace ! Ce n’est pas sans effet car la saison précédente (2023-2024), les Frites: French Fries sont arrivés en demie  finale mais en restent toutefois déçus, car ils ont l’habitude de faire mieux.


« Ils ne sont jamais satisfaits, plaisante un membre de l’équipe des Baguettechs qui passait par là. Nous, au moins, on a fait gagner l’Award du Contrôle ». Une Geekos pointant la banderole au fond de la salle, ajoute :« Et nous, celui de l’Imagerie. » En fait, FIRST octroie aussi des “Awards” pour des domaines qui ne relèvent pas de la robotique, afin de récompenser les équipes qui portent leurs valeurs. Les Geekos avait, pour l’avoir, adopté tout un thème autour du gecko, subtil calembour, en s’habillant tout en bleu, pour leur voyage à New-York où se déroulait la compétition. Pour la publicité, leur travail a donné ses fruits, mais tous les visages autour de moi regrettent cependant le déficit des chargés de communication. Ils sont essentiels pour trouver les sponsors qui subventionnent les composants de robot achetés en ligne. « Depuis la 3e, on en a vu une vingtaine s’y succéder », ce qui tranche avec les équipes américaines qui ont des chaines Youtube, font des challenges, participent à des trends. Le club du CIV en est loin et n’a pas les ressources ni les besoin pour ce degré de com’, mais quelqu’un qui s’en chargerait serait le bienvenu.

Les Geekos en bleu à leur compétition de New-York. Équipe de communication des Geekos
Les Geekos en bleu à leur compétition de New-York. Équipe de communication des Geekos

À dix-huit heures, une vague de personnes arrive dans la salle, et le niveau sonore augmente. Baguettechs et Frenchineers s’en vont alors sur la terrasse des prépas pour un appel avec une équipe de robotique de l’Ontario. La salle s’étant vidée, on remarque tout de suite la présence d’adultes dans les groupes : les mentors. Ce sont des anciens élèves, professeurs du CIV, ingénieurs partenaires ou parents d'élève qui apportent leur aide à la programmation et la construction des robots ; avec MM. Lecoutre et Barthelemy, ils assurent l’efficacité et la pérennité du club de Robotique. Ces deux derniers en sont par ailleurs les cofondateurs. « Au début, nous étions, en FTC, une petite vingtaine. Maintenant nous sommes près de 70 toute équipe confondue. » L’augmentation en six saisons de compétitions est importante, et montre l’intérêt qu’y portent élèves et adultes. Et sous leur supervision, les membres s’organisent et se coordonnent comme ils peuvent pour qu’arrivés en février les robots soient en ordre de bataille.

Baguettechs et Frenchineers pendant leur appel vidéo. Noé
Baguettechs et Frenchineers pendant leur appel vidéo. Noé

Les délais courts créent des frictions au sein des équipes, surtout au regard des mauvaises manipulations qui pourraient être couteuses en temps et en argent. ― Mais en définitive, le bilan est toujours satisfaisant, et les roboticiens toujours contents de leur voyage en équipe. Et souvenirs et connaissances acquises resteront en mémoire longtemps après le lycée.

―Noé

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